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Suppléments à base de plantes

Interview de Camille Comet de Boèmia : Clarifier l’usage des hydrolats bio en compléments alimentaires

Camille, vous êtes docteur en pharmacie et productrice d’huiles essentielles et d’hydrolats bio chez Boèmia : qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser spécifiquement à l’usage des hydrolats comme compléments alimentaires, et en quoi votre parcours de pharmacienne influence-t-il...

10 juin 2026 9 min de lecture
Interview de Camille Comet de Boèmia : Clarifier l’usage des hydrolats bio en compléments alimentaires

Camille, vous êtes docteur en pharmacie et productrice d’huiles essentielles et d’hydrolats bio chez Boèmia : qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser spécifiquement à l’usage des hydrolats comme compléments alimentaires, et en quoi votre parcours de pharmacienne influence-t-il votre pratique au quotidien ?

C'est en travaillant avec Julien, le distillateur fondateur de Boémia, que tout a basculé. Quand on assiste à une distillation, on voit naître deux produits : l'huile essentielle, que tout le monde connaît, et l'hydrolat, parfois considéré comme un sous produit.
En tant que pharmacienne, j'avais appris les huiles essentielles. Les hydrolats, personne ne nous en parle vraiment pendant nos études. Pourtant ce sont des produits d'une richesse réelle, accessibles, bien tolérés, et complètement sous le radar de nos patients comme de nos confrères.
Ce qui m'a convaincue définitivement, c'est le terrain. Les résultats cliniques que j'ai observés moi-même, et les retours de confrères et consœurs qui les utilisent au comptoir. Il y a une efficacité réelle, documentée par la pratique. C'est ça qui m'a donné envie d'aller plus loin.

Pour clarifier d’emblée : sur le plan scientifique et pharmacologique, qu’est-ce qui distingue un hydrolat bio d’une huile essentielle, et pourquoi certains hydrolats peuvent-ils être envisagés par voie orale alors que les huiles essentielles exigent beaucoup plus de précautions ?

L'huile essentielle est un concentré lipophile de molécules aromatiques, obtenu par entraînement à la vapeur. L'hydrolat, lui, est la phase aqueuse récupérée lors de cette même distillation. Il contient une fraction des molécules aromatiques, dissoutes dans l'eau, à des concentrations très inférieures.
C'est cette différence de concentration qui change tout sur le plan toxicologique. Une huile essentielle peut contenir 100 % de molécules actives pures. Un hydrolat en contient généralement entre 0,01 et 0,5 %. Le profil de risque n'est pas comparable.
Par voie orale, les huiles essentielles exigent un encadrement strict : interactions médicamenteuses possibles, contre-indications nombreuses, marges thérapeutiques étroites sur certaines molécules. Les hydrolats, utilisés dans ce cadre, présentent une tolérance globalement meilleure, ce qui élargit les populations pour lesquelles on peut les envisager.
Cela ne signifie pas qu'ils sont anodins. Mais le rapport bénéfice/risque est structurellement différent.

Dans votre pratique de terrain, quels sont les usages internes des hydrolats bio que vous jugez à la fois les plus utiles et les mieux documentés (digestion, sommeil, sphère ORL, stress…) et, à l’inverse, quels sont les mauvais usages ou idées reçues que vous rencontrez le plus souvent et qu’il faudrait absolument corriger ?

Dans ma pratique et dans les retours que j'ai des confrères qui les utilisent au comptoir, quelques usages reviennent régulièrement avec de bons résultats.
Sur la sphère digestive, l'hydrolat de menthe poivrée après les repas, l'hydrolat de romarin à verbénone sur le foie et la vésicule. Chez Boémia, le mélange Digestéa combine plusieurs hydrolats dans cette logique de soutien digestif global, et les retours sont concluants.
Sur le stress et le sommeil, l'hydrolat de fleur d'oranger est probablement celui qui a le plus de recul d'usage. La lavande officinale aussi. Zénéa travaille sur cet axe.
Les idées reçues que je corrige le plus souvent : "c'est de l'eau florale, ça ne fait rien." C'est faux. La concentration est faible mais les molécules sont présentes et biodisponibles. L'autre extrême est tout aussi problématique : croire qu'un hydrolat peut remplacer un traitement médical. Ce n'est pas son rôle. C'est un outil complémentaire, utilisé avec discernement.

Vous maîtrisez toute la chaîne, de la plante au flacon : en quoi la qualité de la culture, de la cueillette et de la distillation artisanale modifie-t-elle concrètement la composition d’un hydrolat et donc son intérêt – et sa sécurité – en complément alimentaire par rapport à des produits plus industriels ?

La question de la qualité n'est pas anecdotique, elle est centrale. Et c'est précisément ce que la formation pharmaceutique m'a appris à regarder : la composition d'un produit dépend directement de ses conditions de production.
Sur la plante d'abord. Une plante cultivée en agriculture biologique, récoltée au bon stade, dans son terroir, produit un profil aromatique différent d'une plante cultivée de façon intensive.
La distillation artisanale permet de travailler à basse pression, à la bonne température, avec le temps nécessaire. Une distillation industrielle optimisée pour le rendement sacrifie souvent la qualité du produit au profit du volume. L'hydrolat qui en résulte est appauvri.
Ce qui change concrètement pour l'utilisateur : la stabilité du produit est excellente, sans ajout de conservateurs. L'organoleptique est incomparable, ce n'est pas neutre quand on parle de voie orale. Et surtout, la qualité thérapeutique est au rendez-vous parce que les molécules d'intérêt sont présentes dans de bonnes proportions.
Chez Boémia, on maîtrise toute la chaîne, de la culture à la mise en flacon. Ce n'est pas un argument marketing. C'est une garantie de traçabilité et de constance que les produits industriels ne peuvent structurellement pas offrir.

Si l’on se place du côté du consommateur, comment faites-vous, chez Boèmia, pour encadrer de façon rigoureuse la prise d’hydrolats par voie interne : critères de choix des plantes, mentions légales “complément alimentaire”, posologies, populations à risque… pouvez-vous nous décrire votre grille de lecture de pharmacienne ?

Nous sommes dans le cadre réglementaire du complément alimentaire, avec ce que ça implique concrètement.
Sur le choix des plantes, chaque hydrolat retenu dans nos mélanges l'est sur la base de son profil aromatique connu, de ses indications d'usage traditionnel et de sa tolérance établie.
Les mélanges Boémia, Digestéa, Zénéa, Respiréa, Hivernéa, Détoxéa, Mouvéa, sont formulés dans cette logique : des associations cohérentes, à des doses raisonnées.
Les populations à risque sont prises en compte dès la conception. Les formules sont pensées en amont pour limiter les contre-indications.
Ma grille de lecture de pharmacienne, c'est celle du rapport bénéfice/risque. Un produit qui n'a pas de justification d'usage claire ne rentre pas dans la gamme. Et un produit bien formulé doit pouvoir être conseillé sereinement par un pharmacien au comptoir ou utilisé par un particulier, ce qui est précisément notre cible professionnelle.

L’usage interne des hydrolats reste méconnu du grand public et parfois flou sur le plan réglementaire : comment voyez-vous évoluer, dans les prochaines années, à la fois la réglementation, la recherche scientifique et la pédagogie autour des hydrolats bio en compléments alimentaires en France ?

Le vrai sujet, c'est l'éducation. Le grand public ne sait pas ce qu'est un hydrolat. Beaucoup de professionnels de santé non plus. On confond encore hydrolat et eau aromatisée de supermarché.
Ce que j'attends des prochaines années, c'est une montée en compétence des pharmaciens sur ce sujet. Ce sont les professionnels les mieux placés pour conseiller ces produits : ils connaissent les interactions, les contre-indications, les populations à risque. Il faut leur donner les outils.
La recherche scientifique sur les hydrolats est encore embryonnaire. Elle progresse, mais lentement. En attendant, c'est la pratique clinique collective qui fait avancer les choses, les retours de terrain, les échanges entre praticiens, la transmission dans les formations professionnelles.
Ce qui manque, c'est la connaissance. Le grand public ne sait pas ce qu'est un hydrolat. On confond avec une eau florale bas de gamme, avec un produit cosmétique, avec quelque chose d'anecdotique. Cette méconnaissance, c'est le vrai obstacle.
Chez Boémia, c'est une mission qu'on prend au sérieux. Chaque flacon est une occasion de raconter ce que c'est, d'où ça vient, comment ça s'utilise. La pédagogie fait partie intégrante de ce qu'on fait, sur notre site et nos réseaux, en pharmacie, dans les points de vente.
Ce que j'espère pour les prochaines années, c'est que les hydrolats trouvent leur place dans la culture du bien-être en France, comme ils l'ont dans d'autres pays. Pas comme une mode, mais comme des produits compris, respectés, utilisés à bon escient.
La recherche scientifique suivra. Mais l'éducation du public, elle, peut commencer maintenant. Et c'est notre rôle de producteurs engagés de la porter.

Pour conclure, si vous deviez donner trois conseils très concrets à quelqu’un qui veut commencer à utiliser des hydrolats bio en complément alimentaire de manière sûre et pertinente, quels seraient-ils, et y a-t-il un hydrolat “porte d’entrée” que vous recommanderiez particulièrement ?

Premier conseil : identifier son besoin avant de choisir un produit. Un hydrolat ne s'utilise pas au hasard. Digestion, sommeil, immunité, tonus : chaque besoin a ses plantes. C'est la première question à se poser.
Deuxième conseil : respecter les conseils et les durées d'utilisation. Un hydrolat bio de qualité est un produit actif. On ne l'utilise pas en continu sans réflexion, comme on ne prend pas n'importe quel complément alimentaire indéfiniment.
Troisième conseil : choisir un produit traçable, issu de l'agriculture biologique, avec une distillation maîtrisée. La qualité de ce qu'il y a dans le flacon dépend directement de ce qui s'est passé avant.
Et pour la porte d'entrée : je recommande de commencer par le mélange adapté à votre besoin principal. C'est exactement la logique qui a guidé la création des mélanges Boémia. Digestéa si votre priorité c'est le confort digestif, Zénéa pour le stress et le sommeil, Respiréa ou Hivernéa pour la sphère respiratoire. Un besoin, un mélange, une utilisation simple et ciblée. C'est comme ça qu'on commence bien !

Pour en savoir plus : https://www.boemia-aroma.com/